2012-06-18 16:28
Nouvelle
Vers une nouvelle alliance francophone et
francophile
Source : Le Devoir.com, Martine
Letarte
Des membres
francophones ou francophiles de la société civile en provenance de
partout à travers le monde, dont une grande proportion de jeunes,
convergeront vers Québec pour assister au premier Forum mondial de
la langue française, au début juillet.
«Ce Forum est la place de la société civile et non celle de
délégations officielles de pays », explique Michel Audet,
commissaire général du Forum mondial de la langue française.
Des invitations ont été envoyées partout sur la planète à diverses
organisations liées à la langue française pour bâtir la
programmation.
« Nous sommes allés plus loin que les pays
membres de la Francophonie. Nous avons lancé l’invitation à
l’Alliance française, qui a des sites dans plusieurs pays du monde,
où elle donne des cours de français. Nous avons lancé l’invitation
aux ambassades, à l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF),
à l’Association internationale des maires francophones, etc. Nous
avons ratissé très large », indique M. Audet, qui est l’ancien
représentant du Québec au sein de la Délégation permanente du
Canada auprès de l’UNESCO.
Les invitations lancées ont été fructueuses. « Nous avons reçu 500
propositions d’entretiens de la société civile, indique Michel
Audet. Nous en avons retenu une centaine, que nous avons regroupées
dans près de 80 séances, où l’on retrouvera plus de 320
intervenants. On y retrouvera des universitaires, des membres
d’associations de professeurs de français, des représentants du
milieu politique, des gens des organisations non gouvernementales
qui font la promotion de la langue française, des gens des chambres
de commerce, etc. »
L’importance des jeunes
Les organisateurs du Forum mondial de la langue française attendent
près de 1000 participants. « Ils proviennent de la société civile
de plus de 100 pays. Beaucoup seront des jeunes. Nous avons
l’espoir qu’au moins la moitié des participants soient âgés de 18 à
30 ans. Par exemple, l’AUF a sélectionné ses meilleurs boursiers,
etc. On retrouvera des Sri-Lankais, des Palestiniens, des
Israéliens, des Indiens, des Chinois, des Japonais, des Russes,
beaucoup de jeunes des pays africains et d’ailleurs », précise
Michel Audet.
Si les organisateurs du Forum ciblent à ce point les jeunes, c’est
parce qu’ils considèrent que c’est par eux que se jouera l’avenir
de la langue française dans le monde.
« La jeunesse doit s’approprier la langue française. Les jeunes
doivent y trouver leur compte. Ils doivent voir un atout lié à la
langue française dans leur vie personnelle et professionnelle. On
veut donc entendre ces jeunes au Forum, qu’ils parlent de leurs
craintes, de leurs ambitions, de leur passion pour l’apprentissage
de la langue française et ses usages », affirme Michel Audet.
Le temps de se questionner
L’idée d’organiser le Forum mondial de la langue française est
venue d’Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation
internationale de la Francophonie, au XIIIe Sommet de la
Francophonie, tenu à Montreux en octobre 2010.
« Il avait été interpellé d’abord par la sortie d’un rapport de
l’Observatoire de la langue française qui faisait état de la
situation dans le monde. C’était le premier ouvrage majeur et
rigoureux du genre. Les projections démographiques indiquaient que,
par rapport aux 215 millions de locuteurs français actuels dans le
monde, il y en aurait plus de 600 millions en 2050 et que 85 %
seraient sur le continent africain », raconte Michel Audet.
Cela signifie donc un changement d’équilibre politique au sein des
pays francophones.
« Abdou Diouf a aussi remarqué, affirme M. Audet, que le rapport
soulignait qu’on voyait arriver des millions de locuteurs français
dans des pays émergents comme la Chine et l’Inde, ainsi que dans
des pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le français
devient en fait l’apanage de l’ensemble des pays du monde. Il y a
beaucoup d’ouverture à la langue française. »
Michel Audet raconte aussi que le secrétaire général de la
Francophonie a regardé ce qui se fait dans d’autres familles
linguistiques. « Il a vu notamment que, pour la langue espagnole,
avec plus de 300 millions de locuteurs dans le monde, il y a une
réflexion qui se fait tous les trois ans depuis 15 ans. On
réfléchit à ce qu’est la langue espagnole aujourd’hui et à son
avenir. Abdou Diouf a donc dit que la langue française ne devait
pas être en reste et qu’on devait s’interroger sur son avenir. Très
rapidement, le premier ministre Charest a levé le drapeau pour dire
qu’il voulait accueillir le premier Forum », explique M. Audet, qui
est entré en poste au début de 2011.
Il n’est pas surpris que le Québec accueille cet événement. « Le
Québec, c’est le creuset de la vitalité de la langue française en
Amérique. C’est un laboratoire vivant de cohabitation des langues
», affirme-t-il.
Qu’en restera-t-il ?
Michel Audet a pour ambition que le Forum mondial de la langue
française réussisse à créer un nouveau mouvement mondial.
« J’aimerais voir naître une nouvelle alliance entre les membres de
la société civile issus de partout dans le monde. J’aimerais que
découlent de cette nouvelle alliance des projets concrets.
J’aimerais même qu’on puisse dégager des ressources financières
pour inciter le développement de projets concrets », affirme le
commissaire général.
Michel Audet souhaite aussi que le Forum laisse des traces dans le
Web.
« J’aimerais que la plateforme web continue d’être animée et
alimentée après le Forum, affirme-t-il. Ça pourrait être fait par
une organisation proche de l’Organisation internationale de la
Francophonie. On regarde ça. Aussi, on travaillera avec l’Institut
du Nouveau Monde, l’animateur principal du Forum, pour produire un
document qui présentera les grands messages qui ont émergé des
travaux et des différentes activités du Forum. »