2012-06-22 15:44
Nouvelle
Le français, langue de la réussite de la
vie sociale
Source : Le Devoir.com, Robert
Dutrisac
Quand il est
question de vie sociale, la majorité des Québécois croient que le
français est la langue la plus importante au Québec. Mais quand il
s’agit de réussir sa vie ou de dénicher un bon emploi, le français
et l’anglais sont considérés comme des langues d’égale importance.
C’est ce que montre l’étude dite « exploratoire » intitulée
Importance et priorité du français pour la population québécoise
qu’ont signée les chercheurs Michel Pagé et Charles-Étienne Olivier
pour le compte du Conseil supérieur de la langue française (CSLF).
L’étude, rendue publique hier, découle d’une enquête menée entre
janvier et mai 2010 auprès de 6700 personnes au Québec.
Les chercheurs ont cerné quatre domaines. Pour
le domaine sociétal, on posait notamment la question suivante : «
Pour être vraiment Québécois, quelqu’un doit-il parler français ? »
avec un choix de réponses : « tout le temps, souvent, quelquefois,
jamais ». La même question était posée pour l’anglais. Pour le
domaine social, on soumettait l’affirmation suivante : « Pour avoir
une vie sociale intéressante au Québec, il est préférable de
pouvoir parler français » avec un choix de réponses : « tout à fait
d’accord, plutôt d’accord, plutôt en désaccord, tout à fait en
désaccord ». De même pour l’anglais. Pour le domaine de la
réussite, on faisait l’affirmation suivante : « Les enfants
québécois réussiront mieux dans la vie s’ils peuvent parler
français », ou encore l’« anglais ». Enfin, pour le domaine
sociolinguistique, défini par les auteurs comme « la valorisation
personnelle associée à l’usage des langues », on demandait aux
répondants s’ils étaient d’accord ou en désaccord avec les
affirmations suivantes : « C’est valorisant au Québec de savoir
parler français », ou encore « anglais ».
Dans les domaines sociétal et social, une majorité de francophones
et d’allophones dits francotropes « favorisent une vie collective
en français ». Pour les anglophones, les deux langues sont d’égale
importance dans la société. Dans le domaine social, une majorité
d’anglophones croit que le français est plus important que
l’anglais ou tout aussi important. Seule une faible minorité
considère que l’anglais est plus important que le français.
Le tableau est différent si on parle de réussite individuelle. Que
la question porte sur la réussite des enfants ou sur les chances de
décrocher un bon emploi, « dans les deux cas, la plus grande partie
de la population perçoit le français et l’anglais comme d’égale
importance », notent les auteurs.
Pour ce qui est de la réussite des enfants, le français vient en
dernière place, derrière l’égalité entre les deux langues et
l’anglais. « Une des interprétations possibles de ces résultats est
qu’une partie de la population perçoit que l’anglais sera plus
important pour réussir dans l’avenir qu’il ne l’est actuellement »,
écrivent les chercheurs. Mais ils avancent une autre explication :
« une partie de la population aurait répondu de façon à tenir
compte du plus large spectre de possibilités sur les plans
personnel et professionnel, ce qui inclut une mobilité
professionnelle à l’échelle internationale ».
De façon générale, les auteurs relèvent des différences notables
entre les allophones francotropes et les allophones non
francotropes. Les perceptions des premiers suivent de près celles
des francophones, tandis que pour les seconds, elles se rapprochent
de celles des anglophones.
En matière de communication dans l’espace public, une très forte
majorité, soit 95 % des répondants, est d’accord avec le fait que
toute personne au Québec devrait savoir parler français, alors que
92 % d’entre eux estiment que les nouveaux arrivants allophones
devraient apprendre le français en premier.
Une plus faible majorité, soit 67 %, considère que la communication
dans un lieu public entre des francophones et des personnes d’une
autre langue qui ne se connaissent pas devrait commencer en
français.
Dans les magasins, près de 80 % des répondants croient que le
commerçant qui ne connaît pas la langue parlée par son client
devrait s’adresser à lui d’abord en français.
Fait surprenant : si on se fie à cette enquête, les Québécois
s’opposent aux dispositions de la Charte de la langue française qui
s’appliquent à l’administration publique. Ainsi, plus de 60 %
d’entre eux croient que l’État québécois devrait communiquer en
français ou en anglais avec les entreprises, selon la préférence de
celles-ci, alors qu’en vertu de la Charte, toute communication de
l’administration publique avec les entreprises doit se faire
exclusivement en français. De même, une majorité est d’avis que le
gouvernement devrait envoyer des formulaires bilingues s’il ne
connaît pas la langue parlée par les citoyens visés.
Généralement, les chercheurs ont noté peu de différence d’opinion
entre les jeunes de 18 à 34 ans et leurs aînés au sujet de
l’importance relative du français. Enfin, si les auteurs observent
des différences régionales entre les perceptions des résidants de
l’île de Montréal et de sa couronne, d’une part, et celles des
répondants du reste du Québec, d’autre part, « il serait cependant
inadéquat de conclure à une fracture de la société québécoise »,
font valoir Michel Pagé et Charles-Étienne Olivier.