2012-06-26 17:21
Nouvelle
Anglais intensif - L’anglais? La voie
royale!
Source : Le Devoir.com, Marie-Andrée
Chouinard

En septembre
prochain commence l’implantation obligatoire de l’apprentissage
intensif de l’anglais oral en 5e et 6e année du primaire. Répondant
au voeu d’une majorité de parents de mieux outiller leurs enfants
en anglais, le gouvernement du Québec a laissé cinq ans à
l’ensemble des écoles pour qu’elles appliquent cette mesure,
traditionnellement réservée aux élèves n’éprouvant pas de
difficultés.
À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), dont la majorité des
110 000 élèves n’ont pas le français comme langue première, cette
volonté ministérielle soulève d’importants questionnements. «
L’anglais intensif, c’est embêtant chez nous », confie Akos
Verboczy, commissaire dans le quartier
Westmount-Côte-des-Neiges-Sud, où la population multiethnique
abonde, au point de constituer la quasi-totalité des élèves de
plusieurs écoles. « Nos élèves ont les meilleures notes en anglais
du Québec en entier, on peine à faire utiliser le français au sein
de l’école, les parents déjà voient l’anglais comme une langue
essentielle et le français carrément comme un accessoire, et on
voudrait maintenant imposer l’anglais intensif six mois par année ?
Quelle sorte de message envoie-t-on aux immigrants ? Que l’anglais,
au Québec, c’est la voie royale !»
La politique du « mur à mur » imposée par le
ministère de l’Éducation pourrait donc écorcher au passage des
réalités particulières comme celle de la CSDM. Avec une clientèle à
53 % allophone et une dizaine d’écoles avec des taux d’immigrants
dépassant les 90 %, l’intégration est un phénomène qui se vit « à
l’envers », comme l’explique M. Verboczy, un Hongrois d’origine
passé par les classes d’accueil au Québec, enfant de la Loi 101
devenu ardent défenseur du français. « Les francophones de ces
écoles-là sont baignés dans un univers anglais, ce qui fait qu’ils
aboutissent vite à ce franglais qui me fait mal à l’oreille. »
La politique gouvernementale a eu beau surprendre par son caractère
généralisé, elle s’appuie sur un souhait des parents. La CSDM l’a
fait vérifier tout récemment par un sondage Léger Marketing,
réalisé auprès de quelque 800 parents de son territoire, début mai.
Les résultats sont saisissants : 94 % des parents dont la langue
maternelle est autre que le français ou l’anglais tiennent mordicus
à cet anglais intensif. À 70 %, les parents francophones ont le
même désir. Au total, 82 % des parents sont tout à fait d’accord ou
d’accord avec ce concept. Seuls 26 % des parents se disent inquiets
d’un potentiel impact négatif de ce programme, surtout chez ceux
dont les enfants ont des difficultés d’apprentissage et dont le
français est la langue maternelle.
Ces données font parfaitement écho aux résultats de l’enquête
publiée jeudi par le Conseil supérieur de la langue française,
selon laquelle pour les Québécois, la réussite économique passe
tant par le français que par l’anglais.
« Tout cela s’inscrit dans un courant qui m’inquiète, où on est de
plus en plus décomplexé au Québec par rapport au flot de demandes
tournant autour de l’anglais », remarque Akos Verboczy. « Comme si
l’anglais était indispensable pour la suite des choses, notamment
pour l’emploi, ce qui est faux. Nous sommes en train de répondre à
un besoin qui n’existe pas, et on envoie aux immigrants, déjà peu
gagnés à la cause du français, un message troublant : la langue de
l’avenir au Québec, c’est l’anglais. »