2012-07-04 12:30
Nouvelle

Québec accueille le Forum mondial de la langue française - « Nous devons être des indignés linguistiques ! »

Source : Le Devoir.com, Christian Rioux

Abdou Diouf
C’est sous le signe d’une inquiétude réelle que s’est ouvert hier à Québec le premier Forum mondial de la langue française qui réunira toute la semaine plus de 1200 francophones venus du monde entier. Accueillis par plusieurs centaines de manifestants du Mouvement Québec français soucieux d’alerter les participants à propos de la situation du français au Québec, les intervenants ont multiplié hier les témoignages illustrant surtout leurs inquiétudes concernant l’état du français dans le monde.

« Par-delà les chiffres rassurants que nous connaissons, il y a des faits, des pratiques quotidiennes, des évolutions géopolitiques et géoculturelles lourdes », a déclaré le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf. « Nous devons être des indignés linguistiques », a-t-il lancé au millier de participants du Centre des congrès de Québec. « Nous ne pouvons pas, dit-il, tout à la fois, dénoncer les dérives de l’économie et de la finance mondialisées et accepter, dans le même temps, de nous en remettre à une langue unique de l’économie et de la finance. »

En pénétrant au Centre des congrès, Abdou Diouf avait salué les manifestants et serré la main de quelques-uns. « Je vous ai entendu », a-t-il déclaré au chef du Bloc québécois, Michel Paillé. Le secrétaire général de l’OIF s’est montré particulièrement sévère sur l’état du français. « Nous ne sommes pas prêts à confier à un globish conceptuellement atrophié le soin d’exprimer toute la complexité et la diversité de la pensée en quelque 1500 mots », dit-il. Et Abdou Diouf de conclure : « On est au plus près du danger quand on croit n’avoir rien à craindre. »

À l’autre bout du spectre, le premier ministre Jean Charest, hôte du forum avec son homologue canadien Stephen Harper, s’est montré beaucoup moins inquiet. Sans dire un mot de la situation linguistique du Québec, il a estimé que « deux écueils nous guettent. Une attitude qui consiste à se décourager sous les reculs avérés ou supposés du français. Le deuxième serait le déni, car il est tentant de parfois fermer les yeux sur des constats parfois incommodants. Ces constats sont en contradictions avec la vitalité et la créativité de cette langue ».

Le premier ministre dit ne pas croire « à la fatalité du recul qui entraînerait le français vers son déclin ». Selon lui, « l’histoire du Québec fournit une assise à cette conviction, alors que nous, en Amérique, sommes enracinés depuis plus de 400 ans ». Jean Charest veut que le prochain sommet de l’OIF, qui se tiendra à Kinshasa en octobre, adopte « une politique de promotion du français et du multilinguisme ».

Étrangement, c’est du maire de Québec, Régis Labeaume, que sont venues quelques-unes des déclarations les plus alarmantes. «J’espère que vous comprenez que nous sommes inquiets […]. Nous souhaitons sincèrement que vous en preniez conscience», a déclaré le maire aux jeunes participants du forum. Plus tard, il a confirmé au Devoir être « de plus en plus inquiet [de la situation du français]. Faut pas le cacher. Il faut le dire. Alors, je le dis à ma façon. »

Ce jugement tranchait radicalement avec l’optimisme affiché par le premier ministre Stephen Harper. Selon lui, « il n’y a pas de meilleur endroit [que le Canada] afin de discuter de diversité et de cohabitation linguistiques » puisque « notre caractère francophone » est « primordial ». Après quelques mots prononcés en anglais par le premier ministre, un jeune homme s’est levé en s’écriant « Stop Harper ! Stop Charest ! Citoyens, levez-vous ! ». Le protestataire a été aussitôt expulsé sous les applaudissements d’une partie de la salle.

On apprenait par ailleurs hier qu’au moins une centaine de visas auraient été refusés à autant de personnalités invitées et venant tout particulièrement d’Afrique. Sans faire référence directement à ce problème devenu récurrent lors de l’organisation de tels événements au Canada, Abdou Diouf a affirmé qu’« on ne peut vouloir le rayonnement de la langue française et, dans le même temps, fermer ses frontières à ceux qui parlent le français, qui étudient le français, qui créent en français ». Selon le numéro deux de l’OIF, Clément Duhaime, il y aurait eu « moins de refus qu’on pensait ». Ce qui n’a pas empêché l’ancien secrétaire général de la Francophonie, le Québécois Jean-Louis Roy, de dénoncer « ce véritable cancer ».

En plus de manifester, le Mouvement Québec français organisait hier un forum parallèle auquel participaient plusieurs personnalités, dont l’ancien premier ministre Bernard Landry et le député indépendant Pierre Curzi. Au départ de la manifestation, une jeune Libanaise de Québec, Roula Hadchiti, a déclaré : « Je souhaite au Québec une langue forte comme les cèdres de mon pays. » Pour l’organisateur Mario Beaulieu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, il s’agissait d’« alerter les Francophones du monde du recul du français au Québec » et de les mettre en garde « contre une vision jovialiste ». « Ça serait vraiment une erreur qu’il y ait le Forum mondial de la langue française à Québec et qu’on ne parle pas de la situation du français au Québec », dit-il.

Lors de la première séance de débats, l’ancien ministre de l’Éducation du Mali Adama Samassékou a proposé l’adoption à Québec d’une déclaration en faveur du multilinguisme. Le Forum propose aussi un grand nombre de spectacles mettant en vedette 137 artistes francophones venus du monde entier. Hier soir, le conteur québécois Alexandre Belliard et le slameur français Grand Corps malade étaient en vedette.

  • Taille du texte : normal
  • Imprimer la page
  • Envoyer

À découvrir sur le même thème

Centre de sauvetage maritime: le recul d'Ottawa est lié au bilinguisme, selon Papillon
(Québec) Dans son rapport à venir sur la fermeture du Centre de recherche et de sauvetage maritime de Québec, le Commissaire aux langues officielles risque de critiquer une nouvelle fois le gouvernement conservateur pour son non-respect de la loi. C'est pour cette raison qu'il revient sur sa décision, estime la députée néo-démocrate de Québec, Annick Papillon.
La France est occupée!
‹‹La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. (...) ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le Monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort.››

François Mitterand, peu avant son décès.

‹‹(...) Vous êtes en période de progrès, vous ...+
Droits linguistiques: la Cour suprême entendra Michel Thibodeau
La Cour suprême du Canada a annoncé ce matin qu'elle entendrait la cause opposant le Franco-Ontarien Michel Thibodeau à Air Canada.

Le résident d'Orléans, qui livre depuis plus de dix ans une bataille judiciaire contre Air Canada, souhaite mettre un terme, une fois pour toutes, aux violations répétées du transporteur à la Loi sur les langues officielles.

 
Conforme W3C XHTML 1.0 Conforme W3C CSS 2.0 Conforme W3C WAI AAA Propulsé par Édimestre PlusMC Le logo d'Édimestre Plus : un "e" blanc dans une croix orange