2012-07-05 11:47
Nouvelle
Forum de la langue française - Claude
Hagège s’oppose à l’enseignement intensif de l’anglais
Source : Christian Rioux, Le
Devoir.com
Spécialiste
mondialement reconnu de l’enseignement des langues secondes, le
linguiste français Claude Hagège, qui intervenait hier au Forum
mondial de la langue française à Québec, estime que l’enseignement
intensif de l’anglais en sixième année est « inacceptable ». Selon
ce partisan du multilinguisme, la décision du gouvernement de Jean
Charest qui devrait toucher 20 % des classes dès l’an prochain
viole l’esprit de la loi 101.
« C’est une mesure absolument inacceptable parce qu’elle crée un
grave danger d’américanisation des élèves québécois, dit-il. La loi
101, qui fait du français la langue unique et nationale du Québec,
est violée par cette disposition. » Selon lui, l’effet sera
particulièrement néfaste sur les immigrés. « L’une des raisons
principales de la loi 101, c’était l’intégration des immigrés. Si
les immigrés sont maintenant anglicisés, alors la loi 101 perd tout
contenu. »
Claude Hagège est pourtant connu pour son
plaidoyer en faveur de l’enseignement des langues secondes (Le
souffle de la langue, Odile Jacob). Il estime néanmoins que, compte
tenu des menaces spécifiques que l’anglais fait peser sur le
français au Québec, celui-ci ne devrait pas être enseigné trop tôt.
« Au Québec, l’anglais devrait être enseigné plus tard, comme
n’importe quelle langue seconde, dit-il. Un enseignement plus
intensif peut se concevoir dans les pays scandinaves, la Hongrie ou
la Finlande, dont les langues ne sont pas parlées par d’autres que
leurs nationaux. Cela se conçoit beaucoup moins pour une langue à
vocation mondiale comme le français. »
Selon le linguiste, qui a fait une intervention très remarquée hier
au Forum mondial de la langue française, qui réunit 1200
francophones venus des cinq continents, « le français n’a pas à se
soumettre à la vocation mondiale de l’anglais puisqu’il est
lui-même une langue répandue dans le monde entier. Il vient en
effet en seconde position aussitôt après l’anglais, bien que loin
derrière, comme langue la plus répandue du monde ».
Il y a quelques années, Claude Hagège avait déjà qualifié
l’enseignement de l’anglais au Québec dès la première année du
primaire de « désastre » et craint qu’elle favorise « une double
incompétence linguistique ». « La diversité, ce n’est pas une seule
langue internationale à vocation mondiale et dominatrice. Et cela
est encore plus vrai au Québec que dans le reste du monde ! »
« En guerre »
Dans un discours flamboyant, avec quelques phrases en chinois, en
arabe et en peul, le linguiste polyglotte ne s’est pas gêné pour
secouer les participants du Forum et rompre avec ce qu’il nomme les
« ronrons consensuels permanents » ou les « assises mondaines » de
la Francophonie. Pour Hagège, la Francophonie est ni plus ni moins
« en guerre », non pas contre l’anglais, mais contre une
américanisation qui veut imposer une langue unique sous couvert de
mondialisation. Selon lui, « le français n’a pas reculé, même si
l’anglais progresse beaucoup plus rapidement », et il est « l’allié
des autres grandes entités culturelles », comme l’hispanophonie et
la lusophonie.
Pour relever ce défi, dit-il, la Francophonie doit faire pression
sur les ministères de l’Éducation des pays francophones afin de les
convaincre de « donner une importance accrue à la langue française
et à la diversité des cultures qu’elles n’ont pas encore ». Il faut
aussi, dit-il, pousser les pays francophones du Nord à « faire le
maximum pour investir dans des pays francophones qui sont encore
dans des situations précaires ». Car, précise-t-il, « les chiffres
dont on se gargarise [80 % des francophones devraient être en
Afrique en 2050], c’est agréable. Mais, ça risque de ne pas être
vrai du tout ».
En terminant, le linguiste a tenu à soutenir sans réserve la lutte
des étudiants québécois, dont plusieurs manifestaient hier devant
le Centre des congrès de Québec. « Permettez-moi, dit le linguiste,
[…] de considérer que les grèves étudiantes du Québec sont une
affirmation politique digne du plus grand respect et que ce sont
eux, les étudiants québécois, qui tiennent entre leurs mains
l’avenir de la Francophonie. »
***
Michaëlle Jean, candidate à
l’OIF?
Immédiatement après qu’elle eut prononcé un long discours
consensuel retraçant souvent son parcours personnel, les rumeurs
d’une candidature au secrétariat général de l’OIF de l’ancienne
gouverneure générale Michaëlle Jean se sont mises à bruisser dans
tous les couloirs du Forum. « Ça ressemblait vraiment à un discours
de candidature », nous a confié un haut responsable. « Il y a au
moins 30 personnes qui m’en ont parlé », ajoute un participant bien
au fait de l’OIF. Mme Jean a récemment été nommée grand témoin de
la Francophonie aux Jeux olympiques de Londres. Le mandat d’Abdou
Diouf vient à échéance en 2014.
Sans démentir la rumeur, Mme Jean s’est contentée de dire : « Vous
ne pensez pas qu’on devrait attendre de voir ce qui va se passer à
Kinshasa ? », lieu du prochain sommet de l’OIF, en octobre. Et elle
a ajouté aussitôt : « Ce que je voudrais, c’est que nous puissions
[l’OIF] devenir une référence. »