C’est de manière précipitée que Ghislaine
Dérilus Brutus a quitté son pays natal, Haïti, et qu’elle est
arrivée au Québec en septembre 2007 avec son époux et ses deux
enfants. Médecin de profession, Ghislaine a d’abord travaillé comme
généraliste dans son pays avant de s’engager dans une mission de
l’organisation internationale, Médecins Sans Frontières, pour
travailler dans un hôpital de Cité Soleil. La situation au plan de
la sécurité est particulièrement instable et dangereuse à Cité
Soleil; nous nous trouvons ici dans le plus misérable bidonville de
Port-au-Prince où s’entassent près de un demi-million de gens parmi
les plus démunis de la planète.
À Cité Soleil, le quotidien est fait de guerre de gangs et de
violence de toutes sortes. L’ancienne milice du président Aristide
que l’on appelle les Chimères y sème la terreur. Pour pénétrer dans
ce quartier d’Haïti, il faut passer par un point de contrôle des
Nations Unies et voyager sous bonne escorte.
Harcelée par les Chimères « Ce n’est pas facile d’exercer
la médecine à Cité Soleil. La maladie et la guerre se côtoient et
contribuent à perturber l’organisation des services médicaux déjà
terriblement insuffisants, de dire Ghislaine. De plus,
poursuit-elle, le personnel médical est constamment victime de
harcèlement de la part des Chimères. Ces derniers sont prêts à tout
pour s’approprier les rares médicaments et le matériel médical. Les
femmes, qu’elles soient médecins ou infirmières, sont les cibles
favorites des Chimères. On fait peser sur elles de lourdes menaces
qui leur font craindre le pire pour leur famille. C’est de cet
enfer que j’ai décidé de m’extirper. Quand on n’est jamais tout à
fait sûr de retrouver ses enfants après une journée de travail, des
décisions s’imposent, si on en a les moyens. C’est ce que mon mari
et moi avons fait, et nous avons choisi le Québec. »
Sur le chemin de la reconnaissance
professionnelle
Si Ghislaine et sa famille ont trouvé la tranquillité au Québec et
un coin de pays où l’intégration est facilitée en raison de la
langue française que nous avons en commun avec Haïti, elle est
consciente qu’une lourde tâche l’attend. Elle devra, au cours des
prochaines années, travailler à faire reconnaître ses diplômes pour
retrouver son identité professionnelle. Comme on le sait, le chemin
est parfois long et rempli d’embûches. Au Québec, c’est le Collège
des médecins qui a la responsabilité d’évaluer les titres et la
formation.
Depuis quelques semaines, Ghislaine a accepté un emploi temporaire
de réceptionniste à la FTQ. Elle découvre petit à petit le monde
syndical; un monde qu’elle connaissait à peine. Quand on lui
demande si elle se plaît parmi nous, elle nous répond qu’elle est
encore touchée par la chaleur de l’accueil que nous lui avons
réservé et qu’elle a eu l’impression de se retrouver dans une
grande famille. Ce qui nous permet de dire à la blague, dans les
corridors de la FTQ, que nous avons trouvé un médecin de famille.