Odette Saroufim
Odette est adolescente lorsqu’elle débarque à
Montréal en 1991 et que ses parents, tous deux comptables agrées,
s’installent dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Souhaitant
s’intégrer le plus rapidement possible, ils choisissent ce quartier
où la présence d’immigrants de même origine qu’eux est plutôt rare.
Au fait, ils sont à peu près les seuls Libanais du quartier.
La démarche d’intégration n’est pas facile pour les parents qui
sont confrontés à la pénible expérience de la reconnaissance de
leurs diplômes. Madame Saroufim a plus de chance que son mari; elle
est embauchée par une banque tandis que monsieur doit se résoudre
d’accepter un emploi de chauffeur de taxi.
Pour Odette, inscrite comme étudiante à l’École secondaire
Eulalie-Durocher, les études se passent bien. Elle est cependant
confrontée pour la première fois de sa vie à la manifestation de
remarques à connotation raciste. Comme elle le dit, « c’était surtout de l’ignorance ; personne ne
savait où se trouvait le Liban, on pensait même que les Libanais se
déplaçaient à dos de chameau ».
Aujourd’hui, titulaire d’un diplôme universitaire en enseignement
du français, Odette travaille chez Gaz Métro depuis 5 ans, où elle
exerce la fonction de commis dans le service du marketing tout en
complétant le soir sa maîtrise en traduction. Faut dire que Odette
parle couramment quatre langues : le français, l’anglais,
l’espagnol et l’arabe.
La piqûre syndicale
Membre de la section locale 463 du Syndicat des employées et
employés professionnels-les et de bureau (SEPB), qui représente
quelque 500 membres, Odette est une militante que l’on retrouve au
comité de la santé et de la sécurité du travail ainsi qu’au comité
des jeunes de son syndicat. De plus, elle se prépare à suivre une
formation pour devenir déléguée sociale.
Odette avoue qu’elle ne connaissait rien du syndicalisme avant de
travailler chez Gaz Métro. « Après voir passé cinq années à travailler
dans un milieu syndiqué, de souligner Odette, on se rend compte que
les bonnes conditions de travail dont on bénéficie aujourd’hui sont
en grande partie obtenues par l’action syndicale. » Elle
cite notamment la semaine de 4 jours.
Quand on demande à Odette ce qui l’a amenée à s’impliquer avec
autant d’ardeur, elle répond : « C’est un collègue de travail qui m’a
sensibilisée. J’ai d’abord été frappée par l’ouverture d’esprit des
collègues syndiqués. En m’impliquant, j’ai découvert que l’on peut
agir sur notre vie au travail. Pour moi, c’est cela faire la
différence. C’est aussi un merveilleux moyen de se réaliser, j’ai
grandi en tant que personne. Je me sens utile; je comprends les
besoins de mon milieu de travail. M’impliquer a donné une nouvelle
dimension à mon travail. Je sens que je fais partie d’un mouvement
de solidarité et d’entraide dans la vie de travail. »
Au cours de notre entrevue, Odette fait le parallèle entre la
coopération internationale, domaine qui la passionne, et le
syndicalisme dont elle a maintenant la piqûre. Pour elle, les deux
domaines ont comme valeurs fondamentales l’entraide, la coopération
et la solidarité.
Odette est l’exemple de cette jeunesse immigrante que l’on souhaite
voir militer avec nous : de la compétence, de l’intelligence et la
volonté d’améliorer le sort des travailleurs et des
travailleuses.