Hoa Tran Lam
En 1982, on est loin d’une langue commune au
travail chez Peerless; les cultures et langues s’entremêlent. Pour
arriver à se comprendre, l’entreprise et le syndicat local font
appel à des intermédiaires. Les délégués syndicaux sont nommés,
pour la plupart, en fonction de leurs connaissances linguistiques.
Hoa Tran parle quatre langues : le vietnamien; le chinois, le
mandarin et l’anglais. Comme il y a un très grand nombre de
travailleuses et de travailleurs d’origine asiatique, Hoa Tran
s’impose, un peu malgré elle, comme l’agent de liaison tant
syndical que patronal. C’est l’époque où le syndicat local est
indépendant. L’affiliation au syndicat international des Teamsters
surviendra en 1998.
En 1988, le comité exécutif de la section locale compte dix-sept
personnes qui ne parlent pas ou peu le français. C’est alors que la
présidente, Aline Lachapelle, organise des cours de français à
l’intention des membres de son exécutif. Parmi eux, il y a Hoa
Tran, devenue une personne respectée, consultée et toujours
disponible pour aider ses collèges de travail. Sa rencontre avec la
section locale allait lui permettre de recevoir l’encadrement et le
soutien voulu.
Aujourd’hui, Hoa Tran parle très bien le français ainsi que tous
les membres du comité exécutif de la section locale. Elle poursuit
son travail de déléguée tout en jouant le rôle d’interprète et en
assumant la fonction de trésorière.
Quand on demande à Hoa Tran ce que cette vie syndicale lui apporte,
son regard s’illumine : « Voyez,
dit-elle, en montrant la présidente de la section locale et les
trois ou quatre délégués en sa présence, les belles amitiés que
nous avons tissées autour de la solidarité qui nous a réunis. La
vie syndicale me permet d’être plus consciente des enjeux
professionnels et sociaux du monde du travail et de participer
concrètement à l’élaboration des moyens pour mieux servir celles et
ceux que nous représentons. Le syndicat, c’est comme une famille
quand il y a un problème, on le regarde en pleine face et on
cherche ensemble une solution ».
Comme toute belle histoire se doit d’avoir une fin heureuse, Hoa
Tran est fière de nous dire que son fils est maintenant
microbiologiste et que son compagnon de vie est haïtien et qu’il
travaille chez Peerless comme presseur depuis 29 ans. Quand on
s’est connu, précise-t-elle, « il
ne parlait pas anglais et moi je ne parlais pas français. Les
regards et les gestes ont fait le travail ».