3.2.2
Défendre la langue française et le multilinguisme dans
l’entreprise.
La question des langues dans l’entreprise mobilise aujourd’hui
l’ensemble des partenaires sociaux. L’aspiration contemporaine à
une langue unique est relayée, en France, tant par les sphères
politiques qu’économiques. Pourtant, l’apologie d’une langue
unique, universelle, favorisant le dialogue entre les peuples,
conduit à ignorer l’importance culturelle des langues et le pouvoir
normatif qu’elles comportent.
En France, la loi TOUBON est protectrice et le droit du travail
tient ainsi compte de la nécessité du plurilinguisme. Cependant les
syndicats dénoncent un recours de plus en plus fréquent « au tout
anglais » dans l’entreprise18. Le collectif intersyndical pour le
droit de travailler en français en France créé en 2007 réunissant
la CFECGC, la CFTC, la CGT et l'UNSA a dénoncé la réalité du
transfert linguistique qui se résumerait aujourd'hui au tout
anglais et à sa promotion.
Nous avons pu observer à travers certaines de nos auditions qu'un
recours au tout anglais dans l’entreprise pouvait être source de
souffrance au travail notamment chez les plus âgés, mais aussi chez
les jeunes. Un sondage réalisé par Opinionway19, en mars 2009,
montre que 25 % des cadres interrogés se plaignent d'être
contraints de travailler régulièrement dans une langue qui n'est
pas leur langue maternelle. Ces difficultés demeurent bien souvent
cachées et ne sont pas suffisamment prises en compte. L’obligation
faite aux entreprises de présenter des notices techniques dans la
langue du pays n’est pas toujours respectée et ceci a pu
occasionner des accidents. L’enjeu principal est donc l’application
et la défense de la loi. Il semble ainsi important, dans l’esprit
du projet de loi Marini/Legendre20, d’inciter les entreprises à
bien prendre en compte et traduire les enjeux liés à l’usage des
langues dans l’entreprise (alphabétisation, apprentissage des
langues, mise en place de commissions de francisation,…), en
intégrant notamment une rubrique sur cette question dans le bilan
social annuel.
Les partenaires sociaux apparaissent ainsi à plus d’un titre comme
des acteurs majeurs dans la construction de la francophonie, aux
côtés des ONG. Les organisations professionnelles peuvent aussi
contribuer au renforcement de coopérations à caractère économique
en francophonie. Or cet enjeu s’affirme comme majeur pour l’avenir.
15 Avocats sans frontières, Fédération internationale des droits de
l’Homme (FIDH), Fondation Nicolas Hulot pour la nature et les
droits de l’Homme (FNH), Organisation mondiale contre la torture
(OMCT), Reporters sans frontières (RSF), Union internationale de la
presse francophone (UPF), etc.
16 Jacques DERMAGNE, Président du CESE, revue « Le mérite » nº 124.
17 Voir annexe 4.
18 Création d'un site
www.languedutravail.org réalisé avec la confédération Générale
du Travail et la Fédération des Travailleurs du Québec pour
proposer une alternative au tout anglais.
19 Sondage réalisé à la demande de la CFE CGC dans le cadre de son
baromètre du stress
(www.cfecgc.org/ewb_pages/b/barometrestress.php) sur la période du
3 au 11 mars 2009 auprès d'un échantillonnage représentatif de la
population des cadres actifs français de 1052 personnes.